A quelques jours de la sortie de l'album Michael, premier disque posthume de Michael Jackson, nous nous sommes rendus ce 6 décembre 2010 au soir au siège français de Sony Music afin d'écouter les dix chansons qui le composent. Après plusieurs semaines d'intense polémique concernant l'authenticité de certains titres, c'est Sony qui a suggéré à la Succession de Michael Jackson d'organiser des écoutes, afin de permettre à quelques journalistes et responsables de sites web de "juger sur pièce". Cette demande ayant été acceptée, la maison de disques manifeste ainsi avant tout sa volonté de recentrer le débat sur la musique elle-même.
Cet album échappe dans son essence à toute tentative de comparaison puisqu'il est le premier de "l'ère Jackson sans Jackson". Le Maître n'étant plus là pour impulser la direction artistique de ses projets, il serait stérile de rechercher des similitudes avec le passé. Le premier opus issu de cette nouvelle époque se révèle inégal : parmi les titres forts, "Hollywood Tonight" remplit sans hésiter les critères qualité de Michael Jackson, qui aimait les "grandes mélodies que l'on retient aisément". Plusieurs heures après l'écoute, le refrain se fredonne encore sans difficulté, de quoi faire de cette chanson au rythme enlevé un atout indéniable de l'album. Accessoirement, les amateurs de human beat box ne bouderont pas leur plaisir en l'écoutant. La version de "Behind The Mask" interprétée par Michael Jackson révèle quant à elle toute l'étendue de sa tessiture. Dans un registre plus doux, mention spéciale à "Much Too Soon", une ballade pleine d'émotion et de délicatesse.
Bien que l'album regroupe des titres dont les dates de composition s'échelonnent sur près de trois décennies, les thèmes abordés restent tout à fait pertinents à l'époque actuelle. Outre l'amour et ses déboires, source d'inspiration inépuisable et intemporelle de tout artiste, le pouvoir des médias et la quête de célébrité sont également évoqués.
On pourra reprocher à certaines chansons la présence excessive d'effets sonores et une instrumentation parfois trop lourde qui masque les voix à l'excès, donnant un rendu quelque peu brouillon.
"Michael" ne se vit pas comme une unité : il rassemble des titres d'époques différentes, mobilise plusieurs producteurs là où Michael Jackson choisissait souvent un "producteur emblématique" qui donnait au disque une orientation singulière (on associe ainsi Rodney Jerkins à Invincible, Teddy Riley à Dangerous, Quincy Jones à Thriller). Certains auditeurs percevront ceci sous un angle négatif, considérant cette multiplicité comme un signe de désorganisation et d'incohérence. D'autres y verront au contraire une occasion d'explorer différents styles et différentes façons de travailler.